THE VIRUS, MEXICO, POVERTY, DEATH

Photo by Clara Timsit, San Cristobal, Mexico, April 2020 - Declaratoria de Emergencia Sanitaria - Quédate en CasaExcerpts from a letter from Clara Timsit, a young Belgian woman living in southern Mexico. After the English translation readers will find le texte français original y también una Versión en español.

Several Mexican friends have told me, “Here, people cannot be confined. They have to go out to work; it’s a matter of survival. They’re going to have to choose between starving at home or dying of corona in the street. They will choose to die in the street.”

It’s hard to hear, but this is the reality. Abiding by the containment requirements is a class privilege. This is true in Europe, where the most insecure do not have the luxury of telecommuting or sitting on their wages for a few months. It is even more obvious here in San Cristóbal, where the economy is largely informal, where recycling a few cans or selling chewing gum and cigarettes on the street corner allows you to feed your children rice and beans.

Not to mention the drug cartels, who, taking advantage of the current uncertainty, are now establishing themselves in additional parts of the country or are more rampant than ever in cities now lacking their usual, pro-tourist protection.

This current crisis is clearly serious and worrisome, and its economic and climatic consequences will surely be even more so. Yet, it seems to me that the way it monopolizes media space is symptomatic of the egotism of our Western society. All of a sudden, no other reality exists. COVID-19 has become the queen of epidemics; we only have eyes for her. COVID-19 now tops the list of global horrors, hiding in its shadow suffering not linked to it. COVID-19 has a monopoly on deadliness; we count only its deaths.

The reason for this, I believe, has to do most precisely with the question of Death. Each culture, each society, each person has its own way of facing the question of death, of making it more acceptable. For some, the way is faith. Death is seen as a will of God, a determinism to which we must submit, a path to the afterlife or even as a liberation. Others try by living intensely in the present to avoid the anguish of a certain death. Death is something in the future, or they imagine they will have no regrets when they are faced with it.

In Europe, medicine plays the role of a protective, patron god. Science promises to make death recede farther and farther away, and to eventually—why not?—annihilate death. The Western response to death is to fight it.

Today, COVID-19 has succeeded in re-injecting death into our sanitized daily lives. Death is everywhere, in the form of an invisible virus. Death is unpredictable; it eludes our expectations. Like a car accident without a car, where shaking a hand would be like driving drunk.

Perhaps this is what is particular about this crisis: its epicenter is in the West. Everywhere else, death is part of everyday life—it is in the night, it is in the streets, it is in hunger, it is in power, it is in fathers and husbands. The West, for its part, has done its best to separate death from life, to keep the horror beyond its borders–and on its televisions. Now it is our turn to face the fear, the rejection of others, the uncertainty of the future.

With very little conviction, I can only hope that this situation will allow us—first of all as individuals but above all as a society, to question the capitalist and consumerist system, the cult of economic growth and the belief in human omnipotence.

(Traduit du français par William Eaton.)

Texte original

Plusieurs amis mexicains m’ont dit « ici, les gens ne peuvent pas se confiner. Ils doivent sortir pour travailler, c’est une question de survie. Ils vont devoir choisir entre mourir de faim chez eux ou mourir du corona dans la rue. Ils choisiront de mourir dans la rue. » C’est dur à entendre mais c’est criant de vérité. « Respecter le confinement est un privilège de classe. » C’est le cas en Europe, où les plus précaires n’ont pas le luxe du télé-travail ou de s’asseoir sur leur salaire quelques mois durant ; c’est encore plus flagrant ici, où l’économie est en grande partie informelle, où recycler quelques cannettes ou vendre des chewing-gum et des cigarettes au coin de la rue permet de nourrir ses enfants au riz et frijol. Sans compter les cartels, opportunistes de ce flou social, qui s’implantent maintenant dans de nouveaux états ou sévissent plus que jamais dans des villes désormais délaissées de leur protection touristique.

Cette crise est clairement grave et inquiétante, et ses conséquences économiques et climatiques le seront sûrement davantage. Pourtant, il me semble que la manière dont elle monopolise l’espace médiatique est symptomatique de l’égotisme de notre société occidentale. Tout d’un coup, plus aucune autre réalité n’existe. Le covid-19 est devenu la reine des épidémies, nous n’avons d’yeux que pour elle ; le covid-19 s’est hissé en première place des horreurs mondiales, cachant dans son ombre les souffrances qui ne lui sont pas attribuées ; le covid-19 détient le monopole de la létalité, nous ne comptabilisons plus que ses morts.

Je crois que la raison est justement une question de Mort. Chaque culture, chaque société, chaque personne a sa propre manière d’affronter la question de la mort, la rendre plus acceptable. Pour certains, c’est la foi… elle est vue comme une volonté de Dieu, un déterminisme auquel nous devons de nous plier, un chemin vers la vie d’après ou même une libération. D’autres tentent de vivre le moment présent de manière si intense qu’ils éludent l’angoisse d’une mort certaine grâce à son caractère futur, ou en considérant qu’ils n’auront aucun regret une fois face à elle.

Chez nous, la médecine joue le rôle d’un dieu protecteur ; la science promet de repousser la mort de plus en plus loin et à terme, pourquoi pas, de l’annihiler. Notre réponse face à la mort est de la combattre. Aujourd’hui, le covid-19 a réussi à la réinjecter dans notre quotidien aseptisé. Elle est partout, sous la forme d’un virus invisible ; elle est contingente, échappe à nos pronostics. Comme un accident de voiture sans voiture, où serrer une main reviendrait à rouler bourré. Elle est peut-être là, la spécificité de cette crise : son épicentre est l’occident. Partout ailleurs, la mort fait partie du quotidien, elle est dans la nuit, elle est dans la rue, elle est dans la faim, elle est dans le pouvoir, elle est dans les pères et les maris. L’occident, quant à lui, s’était bien efforcé à séparer la mort de la vie, à garder l’horreur hors de ses frontières – et dans ses télévisions. À nous maintenant d’affronter la peur, le rejet des autres, l’incertitude du lendemain.

Avec très peu de conviction, je ne peux qu’espérer que cette situation nous permette, d’abord individuellement mais surtout en tant que société, de remettre en question le système capitaliste et consumériste, le culte de la croissance et la croyance en l’omnipotence humaine.

— Clara Timsit, de San Cristóbal de las Casas, avril 2020

Clara Timsit a étudié la psychologie clinique à l’Université de Liège avec pour objectif de devenir travailleur social. A ses 18 ans, elle découvre pour la première fois l’Amérique latine en passant un an au Paraguay, puis réalise quelques années plus tard un programme erasmus de la même durée au Brésil. Depuis la fin de ses études, elle vit une vie de nomade, voyageant en Europe, au Mexique, au Guatemala, à Cuba et aux États-Unis. (Et c’est elle aussi qui a pris la photo de la Declaratoria.)

Versión en español

Varios amigos mexicanos me dijeron, “Aquí, la gente no puede estar confinada. Tiene que salir a trabajar; es una cuestión de supervivencia. Tendrá que elegir entre morir de hambre en casa o morir del corona en la calle. Elegirá morir en la calle”.

Es difícil escucharlo, pero esta es la realidad. Cumplir con los requisitos de confinamiento es un privilegio de clase. Esto es cierto en Europa, donde los más humildes no pueden darse el lujo de trabajar a distancia o renunciar a su salario durante unos meses. Es aún más obvio aquí en San Cristóbal, donde la economía es en gran parte informal, donde reciclar unas cuantas latas o vender chicles y cigarrillos en la esquina de la calle permite alimentar a sus hijos con arroz y frijoles.

Por no hablar de los cárteles de la droga, que, aprovechando la incertidumbre actual, se están estableciendo ahora en otras partes del país o están más presentes que nunca en ciudades que perdieron su protección turística.

La crisis actual es claramente grave y preocupante, y sus consecuencias económicas y climáticas seguramente lo serán aún más. Sin embargo, me parece que la forma en que monopoliza el espacio de los medios de comunicación es sintomático del egoísmo de nuestra sociedad occidental. De repente, no existe ninguna otra realidad. COVID-19 se ha convertido en la reina de las epidemias; sólo tenemos ojos para ella. COVID-19 encabeza ahora la lista de horrores globales, escondiendo en su sombra sufrimientos no vinculados a ella. COVID-19 tiene el monopolio de la letalidad; sólo contamos sus muertes.

La razón de esto, creo, es precisamente una cuestión de Muerte. Cada cultura, cada sociedad, cada persona tiene su propia manera de enfrentar la cuestión de la muerte, de hacerla más aceptable. Para algunos, el camino es la fe… la muerte esta vista como una voluntad de Dios, un determinismo al que debemos someternos, un camino hacia el más allá o incluso la liberación. Otros intentan vivir el momento presente tan intensamente que evitan la angustia de una muerte segura, justamente gracias a su carácter futuro, o convenciendose que no se arrepentirán cuando la enfrenten.

En Europa, la medicina juega el papel de un dios protector. La ciencia promete empujar la muerte cada vez más atrás y, a largo plazo – ¿por qué no? – aniquilarla. La respuesta occidental a la muerte es luchar contra ella.

Hoy en día, COVID-19 ha logrado reinyectar la muerte en nuestra vida cotidiana desinfectafa. Está en todas partes, en forma de un virus invisible. La muerte es contingente; escapa a nuestro pronóstico. Como un accidente de coche sin coche, donde estrechar una mano sería como conducir borracho.

Puede estar ahí, lo particular de esta crisis: su epicentro está en Occidente. En todos los demás lugares, la muerte es parte de la vida cotidiana: está en la noche, en las calles, en el hambre, en el poder, en los padres y en los maridos. El Occidente, por su parte, ha hecho todo lo posible para separar la muerte de la vida, para mantener el horror más allá de sus fronteras – y en sus televisiones. Ahora es nuestro turno de enfrentar el miedo, el rechazo de los demás, la incertidumbre del futuro.

Con muy poca convicción, sólo puedo esperar que esta situación nos permita – primero como individuos pero sobre todo como sociedad – cuestionar el sistema capitalista y consumista, el culto al crecimiento económico y la creencia en la omnipotencia humana.

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